Alors que le Hezbollah fait face à une série de défis militaires, politiques et logistiques, nos forces armées renforcent leur visibilité et leur contrôle sur le Sud de notre pays. Entre frappes israéliennes, pressions internes, découvertes de caches d’armes et limitations du soutien iranien, les capacités opérationnelles de l’organisation politico-militaire semblent connaître des ajustements. Cette dynamique s’inscrit dans une recomposition plus large des rapports de force, où le rôle de l’État dans la gestion sécuritaire du Sud tend à évoluer.
Les pressions internes sur le Hezbollah
Actions de nos forces armées pour contrôler les armes
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu au Sud-Liban fin novembre 2024, notre armée libanaise s’est positionnée au cœur d’une opération étatique visant à reprendre le monopole des armes sur l’ensemble du territoire.
Cette dynamique s’inscrit dans la mise en œuvre du plan intitulé « Bouclier de la patrie ». Cette décision répond à des pressions internes et internationales appelant au désarmement des groupes armés non étatiques, au premier rang desquels le Hezbollah, et au rétablissement de la souveraineté de l’État libanais.
Le gouvernement libanais a chargé officiellement l’armée début août 2025 de préparer un plan visant à garantir le monopole étatique sur les armes, incluant le désarmement des groupes armés non étatiques (dont le Hezbollah) d’ici la fin de l’année. Cette décision a été prise à l’issue d’une réunion du Conseil des ministres début août.
Ce plan a été structuré en cinq phases dont la première a débuté en septembre 2025, il a été présenté puis approuvé par notre gouvernement.
Dans les jours qui ont suivi sa mise en place, la première phase a débuté dans la zone au sud du Fleuve Litani. L’armée libanaise dit avoir découvert 177 tunnels depuis son lancement, fermé 11 points de passage le long du fleuve Litani et saisi 566 lance-roquettes. Le général de brigade Nicolas Tabet commandant la région Sud-Liban, affirme que l’armée a mené 300 011 missions militaires dans la région sud du Litani depuis le lancement du plan.
Répercussions économiques et sociales sur le parti
Au-delà du contexte militaire, le Hezbollah évolue dans un environnement marqué par des contraintes financières accrues, susceptibles d’affecter ses capacités de fonctionnement, tant militaires que sociales et politiques.
La crise économique qui frappe notre pays depuis 2019 a réduit drastiquement les recettes publiques et privées, affectant l’ensemble des circuits financiers du pays, y compris ceux sur lesquels s’appuyaient traditionnellement diverses formations politiques et organisations..
Le secteur bancaire libanais s’est effondré, entraînant une contraction sévère de l’économie nationale et une double pression sur toutes les entités qui opèrent en dehors du système financier réglementaire, parmi lesquels figurent des structures financières associées au Hezbollah.
Dans ce cadre, la Banque du Liban (BDL) a émis des directives interdisant aux institutions financières agréées de traiter avec des entités non licenciées, incluant l’institution financière affiliée au Hezbollah, Al-Qard Al-Hassan. Ceci restreint encore davantage l’accès de ces structures aux services bancaires formels et complique leurs opérations financières classiques.
Cette fragilisation financière ne se limite pas à des contraintes internes ou structurelles. Elle s’inscrit dans un cadre plus large où des facteurs économiques, réglementaires et externes viennent contribuer à redéfinir l’environnement dans lequel le mouvement opère.
Les pressions externes sur le Hezbollah
Interventions et frappes israéliennes
Malgré l’entrée en rigueur du cessez-le-feu fin novembre 2024, l’armée israélienne a poursuivi ses opérations ciblées contre des structures et des hommes affiliés au Hezbollah dans le Sud-Liban. Selon les autorités israéliennes, ces frappes s’inscrivent dans une stratégie de pression continue visant à limiter les capacités militaires du mouvement et à prévenir toute reconstitution de sa logistique et de ses infrastructures après la conflit de 2023-2024.
Ainsi, le 14 décembre 2025, l’armée israélienne a déclaré avoir tué au moins trois membres du Hezbollah lors d’opérations aériennes dans le Sud-Liban, notamment dans plusieurs localités proches de la frontière avec Israël, selon les communiqués militaires publiés par les forces israéliennes.
Cette série de frappes s’inscrit dans un contexte d’intensification des opérations, où l’État israélien annonce régulièrement des attaques contre ce qu’il qualifie de « sites d’armes » ou de « centres d’activités militaires » du Hezbollah malgré le cessez-le-feu en vigueur.
Entre le 8 et le 14 décembre 2025, l’armée israélienne a mené des frappes aériennes, des attaques d’artillerie et des frappes de drones dans plus de 36 localités libanaises au Sud du Litani.
Soutien de l’Iran et limites de cette aide
Le soutien iranien au Hezbollah constitue un élément central de la relation entre les deux acteurs depuis la création du mouvement dans les années 1980. Il s’est historiquement exprimé sous différentes formes, notamment militaire, financière, logistique et politique. Les autorités iraniennes continuent de présenter le Hezbollah comme un allié stratégique au Moyen-Orient, malgré les tensions régionales et les pressions internationales. Des responsables iraniens ont réaffirmé leur engagement en faveur du mouvement, le qualifiant de « pilier de la résistance » face à Israël, conformément aux orientations définies par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Toutefois, selon plusieurs analyses, cet appui s’inscrit aujourd’hui dans un contexte de contraintes accrues. L’Iran traverse lui-même des difficultés économiques persistantes, marquée par des sanctions internationales, une inflation élevée et des déséquilibres budgétaires structurels, qui affectent sa capacité à soutenir durablement ses partenaires régionaux.
Sur le plan logistique et politique, l’appui iranien fait face à des obstacles. Avec l’évolution du contexte géopolitique régional, y compris le renversement du régime syrien, les routes terrestres traditionnelles d’acheminement de matériel vers le Liban ont été perturbées. Ces changements auraient conduit à une adaptation des modalités de soutien, reposant sur des circuits plus indirects et complexes.
Cette combinaison de facteurs économiques, logistiques et diplomatiques pourrait limiter la portée du soutien iranien face aux pressions militaires israéliennes, aux initiatives de renforcement de l’autorité de l’État libanais et aux contraintes financières pesant sur le Hezbollah. Des limites qui à terme pourrait réduire les capacités opérationnelles du mouvement.
Découvertes d’armes, tunnels et bunkers
Au-delà des frappes, des opérations menées par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL/UNIFIL) et nos forces armées ont conduit à la découverte de stocks d’armes et de réseaux souterrains dans plusieurs zones du Sud-Liban, réduisant les capacités opérationnels du Hezbollah. Depuis octobre 2024, ce sont plus de 300 caches d’armes identifiées et transférées à nos forces pour traitement. De multiples réseaux de tunnels et bunkers ont été découvert à Tayr Harfa, Zibqine et Naqoura, ils contenaient des abris souterrains, des pièces d’artillerie et des centaines de missiles, selon des sources officielles.
Ces opérations traduisent une évolution du rapport de force sécuritaire, marquée par un renforcement de l’autorité du gouvernement et une présence accrue de nos forces armées dans des zones où la gestion de la sécurité reposait jusqu’ici sur d’autres acteurs.
Nos forces armées, acteur central de la sécurité nationale

Visibilité diplomatique et médiatique
Nos forces armées libanaises ont activement cherché à renforcer la visibilité diplomatique de leurs actions. En décembre 2025, l’armée a organisé une visite de terrain pour un groupe de diplomates et d’officiers militaires étrangers, incluant notamment les ambassadeurs des États-Unis et d’Arabie saoudite, le long de la frontière libano-israélienne. Cette initiative avait pour but de montrer concrètement les mesures mises en œuvre dans le cadre du désarmement des groupes armés non étatiques, en particulier l’implémentation de la première phase du plan « Bouclier de la Patrie » au sud du Litani, ainsi que le rôle central de l’armée dans la stabilisation de cette zone.
Ce type d’événement n’est pas simplement symbolique. Il représente un message fort adressé à la communauté internationale celui d’une armée qui assume la responsabilité de la sécurité nationale en collaborant avec des acteurs internationaux, tout en affichant sa transparence opérationnelle face aux critiques et à la pression médiatique. Ainsi, au-delà des communiqués classiques, ces visites offrent aux observateurs étrangers une immersion directe dans les efforts déployés sur le terrain, ce qui permet d’appuyer diplomatiquement les revendications libanaises de souveraineté et de montée en puissance institutionnelle.
Déploiement et contrôle du territoire
Sur le plan opérationnel, nos forces armées ont accru leur présence sur le terrain, en particulier dans le Sud du pays. L’objectif n’est plus seulement de surveiller, mais d’assurer une présence active et continue dans les zones sensibles pour limiter les risques de réarmement ou de reconstitution des capacités militaires du Hezbollah dans les régions concernées. Cela se traduit par des patrouilles régulières et des contrôles systématiques des axes proches de la Ligne bleue.
Par ailleurs, ces activités sont menées en coordination avec des observateurs internationaux. La participation de ces derniers est généralement présentée par les autorités libanaises comme un facteur contribuant à la crédibilité et à l’acceptabilité internationale des opérations menées sur le territoire libanais.
Vers un rééquilibrage sécuritaire au Sud
L’ensemble de ces évolutions met en lumière une transformation progressive des dynamiques sécuritaires dans le Sud du pays. Le Hezbollah, acteur central de l’équation sécuritaire régionale depuis plusieurs décennies, opère aujourd’hui dans un environnement marqué par des contraintes multiples, tant internes qu’externes, qui influencent ses marges de manœuvre. Parmi ces facteurs figurent la persistance des tensions militaires avec Israël, les pressions économiques et financières, l’évolution des équilibres régionaux, ainsi que le redéploiement accru des forces armées libanaises dans certaines zones sensibles.
Cette configuration traduit un rééquilibrage graduel des rôles entre acteurs étatiques et non étatiques, dans un contexte où l’État libanais cherche à renforcer sa présence et ses capacités opérationnelles sur l’ensemble de son territoire. Pour la première fois depuis des années, une autorité étatique crédible s’impose dans des zones longtemps dominées par un groupe armé non étatique.
Sources :
- https://www-newarab-com.translate.goog/news/lebanese-army-shows-diplomats-efforts-disarm-hezbollah?
- https://yalibnan-com.translate.goog/2025/09/06/lebanons-homeland-shield-to-disarm-hezbollah-begins-in-south-of-litani-and-includes-5-phases-minister/
- https://www-newarab-com.translate.goog/news/lebanons-central-bank-bans-dealings-hezbollah-finance-arm?
- https://www.aa.com.tr/en/middle-east/3-killed-in-israeli-strikes-in-southern-lebanon-despite-ceasefire/
- https://www.fdd.org/analysis/2025/12/17/israeli-operations-in-lebanon-against-hezbollah-december-8-14-2025/
- https://www-aa-com-tr.translate.goog/en/middle-east/iran-reaffirms-support-for-hezbollah-amid-disarmament-push/3652853?
