Baynetna : comprendre aujourd’hui pour bâtir ensemble le Liban de demain. Depuis 2019, nous, la jeunesse libanaise, vivons au rythme épuisant des crises et des contractions économiques. C’est une réalité que nous connaissons. Pourtant, au milieu de ce tableau sombre, des institutions financières internationales comme Moody’s ou la Banque mondiale commencent à évoquer un horizon plus optimiste. Elles pointent du doigt 2026 comme l’année d’un possible – et léger – rebond du Produit Intérieur Brut (PIB). Pour notre génération, souvent très éduquée, mais avide d’opportunités concrètes, la question est brutale : cette reprise macroéconomique lointaine va-t-elle se traduire par un vrai emploi ? Cet article est conçu pour vous. Nous allons décortiquer les chiffres, confronter ces prévisions à la dure réalité du terrain et vous offrir des pistes claires.
Actualité du Liban : L’espoir (fragile) du rebond en 2026
Les prévisions de croissance du PIB pour le Liban sont certes modestes, mais elles marquent un changement de dynamique après des années de chute libre. Ces chiffres suggèrent que le pire est passé, et qu’un lent processus de stabilisation, voire d’une très légère croissance, pourrait s’amorcer. Attention : cela reste conditionné au maintien de la stabilité politique et régionale. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? L’économie est en train de sortir de sa plongée :
Le PIB arrête de chuter
Après une contraction estimée à -1,5 % en 2024 et -0,5 % en 2025, 2026 pourrait voir un retour à la croissance, projetée à +0,8 %. C’est la fin de la récession, mais la croissance reste minime.
L’inflation décélère
Le rythme des hausses de prix ralentit. L’inflation (IPC) passerait d’environ 75 % en 2024 et 50 % en 2025 à une décélération attendue à environ 35,1 % en 2026. C’est une amélioration par rapport aux 221 % de 2023, mais ce taux, même réduit, signifie que l’érosion du pouvoir d’achat reste une réalité quotidienne et difficile.
Stabilité du taux de change
Une stabilisation potentielle du taux de change LBP/USD est envisagée post-réformes. Cela signifie une diminution des fluctuations brutales, ce qui est un facteur essentiel pour la planification des entreprises et, surtout, pour la confiance des ménages. Cette « reprise » est avant tout un ajustement statistique, largement soutenu par la dollarisation de l’économie et par la force des remises de fonds de la diaspora (ces fonds représentant un pilier vital de l’économie). Une croissance inférieure à 1 % est structurellement insuffisante pour absorber le chômage massif, en particulier chez les jeunes.
La Macroéconomie ne résout pas la crise de l’emploi au Liban
Les signaux positifs de la macroéconomie (PIB) peuvent rassurer les investisseurs, mais ils ne se traduisent pas sur le quotidien des Libanais. Le marché du travail libanais est en crise profonde, et l’emploi des jeunes en est la première victime. Avec un taux de chômage national qui avoisine les 30-35 % et un pic au-delà de 50 % chez les 15-24 ans, le Liban affiche un des taux les plus élevés au monde. Cette catastrophe de l’emploi est causée par des problèmes structurels bien précis.
L’inadéquation structurelle des compétences pour les jeunes du Liban
Le Liban compte l’un des plus forts taux de diplômés de l’enseignement supérieur au Moyen-Orient, avec environ 40 % de la population active ayant un diplôme universitaire. Le problème réside dans l’absence de débouchés structurés. L’offre d’emploi se concentre sur des services traditionnels et saturés ou bascule vers le marché du travail non déclaré, caractérisé par des emplois précaires (où plus de 48 % des travailleurs opèrent sans contrat ni protection). En conséquence, les institutions universitaires forment pour un marché qui n’existe plus, ce qui crée une frustration immense et alimente la fuite des cerveaux.
La contraction des PME et le gel bancaire au Liban
Historiquement, ce sont les petites et moyennes entreprises (PME) qui sont le véritable moteur de l’emploi pour les jeunes. Aujourd’hui, elles sont étranglées par le gel bancaire et le manque d’accès au crédit. Cela limite drastiquement leur capacité à embaucher. Sans un déblocage des capitaux, les PME continueront de fonctionner en mode survie.
Fuite des cerveaux : une menace ou une opportunité pour l’économie libanaise ?
On estime que plus de 350 000 personnes (principalement jeunes et qualifiées) ont quitté le Liban depuis 2019. L’émigration massive prive le pays de son capital humain le plus qualifié. C’est une perte tragique. Mais paradoxalement, cette fuite crée des lacunes dans certains domaines d’expertise pointus (notamment en santé et en technologie), offrant des opportunités rares pour les quelques professionnels qui choisissent de rester ou de revenir au Liban. La vraie reprise de l’emploi passera inévitablement par la mise en œuvre effective de la restructuration bancaire et des réformes budgétaires. Celles-ci sont les conditions sine qua non pour restaurer la confiance des investisseurs et débloquer les financements internationaux.
Actualité des secteurs « résilients » pour l’emploi au Liban
Pour vous, la stratégie la plus efficace n’est pas d’attendre l’effet « vague macroéconomique », mais de cibler les niches qui s’adaptent déjà ou qui bénéficient directement de la nouvelle économie dollarisée. Quatre secteurs se distinguent par leur résilience et leur potentiel de recrutement, car ils sont orientés vers l’exportation ou le revenu en devises :
La Tech et l’outsourcing : le moteur en dollars
La dévaluation rend la main-d’œuvre libanaise très compétitive pour les entreprises étrangères, créant une puissante économie du service à l’exportation en dollars. Ce secteur est un moteur crucial pour l’avenir. Les compétences clés à développer ici incluent le développement full-stack, la cybersécurité, une maîtrise parfaite de l’anglais professionnel, et les Soft Skills essentiels pour le télétravail.
Tourisme de niche et de luxe
Ce secteur profite d’une forte demande de la diaspora et des touristes à haut revenu, car il fonctionne presque entièrement en devises fraîches. Il exige une très grande qualité de service. Les professionnels recherchés doivent maîtriser la gestion hôtelière bilingue/trilingue, l’hospitalité de luxe, le marketing digital ciblé (notamment vers la diaspora libanaise), et la gestion des normes internationales d’hygiène et de sécurité.
Industrie légère et agroalimentaire orientée exportation
L’incitation à la production locale et la nécessité d’exporter pour générer des dollars poussent ce secteur (pensez aux marques comme Liban Lait ou Zaatar w Zeit qui s’exportent). Les facteurs de recrutement sont élevés pour les profils axés sur la logistique/chaîne d’approvisionnement, le contrôle qualité (Normes européennes), l’ingénierie industrielle et les techniques de vente B2B à l’international.
Énergies renouvelables et autonomie énergétique
Face à l’effondrement du réseau public, l’énergie solaire et éolienne est devenue une nécessité pour toutes les entreprises et les ménages. Ce secteur recrute activement dans l’installation et la maintenance, l’ingénierie électrique, la gestion de projet (Microgrids) et la négociation de contrats d’énergie.
Se positionner avec des recommandations concrètes à destination des jeunes actifs au Liban
La clé pour les jeunes Libanais est simple : transformer l’incertitude en avantage concurrentiel en misant sur votre autonomie et l’accès au revenu en devise. Rappelons que la population libanaise est structurellement jeune. Approximativement un tiers (33%) de la population a moins de 25 ans. Cette proportion élevée fait de l’emploi des jeunes un enjeu critique pour l’avenir du pays.

Réformes et pouvoir d’achat : les conséquences sur l’actualité du Liban
Les réformes gouvernementales post-crise, notamment l’ajustement des taxes et la restructuration bancaire, auront des conséquences directes sur votre environnement financier. Anticipez :
Restructuration bancaire et accès au financement du Liban
L’accès au crédit restera limité à court terme. Concentrez-vous sur des projets à financement initial faible, en privilégiant l’autofinancement progressif ou en mobilisant des fonds via la diaspora ou des plateformes de crowdfunding international. Votre entrepreneuriat doit être orienté services plutôt que capital lourd.
Budget 2026 : la pression sur les prix au Liban
Le volet dépenses du budget sera un test majeur. La suppression progressive des subventions pourrait impacter indirectement les prix, maintenant la pression sur le pouvoir d’achat. Votre objectif prioritaire doit être un emploi dont le revenu est indexé, même partiellement, sur le dollar pour maintenir votre pouvoir d’achat face à une inflation qui reste élevée (plus de 35 % attendus en 2026).
Maximiser son employabilité : les stratégies anti-crise au Liban
Monétiser les langues étrangères au Liban
Vos langues sont des portes d’accès directes aux marchés étrangers et aux emplois de l’économie de service dollarisée. Le multilinguisme (français, anglais, arabe) est un atout compétitif majeur pour les services d’externalisation (outsourcing).
Prioriser les certifications reconnues pour les professionnels libanais
Face au gel des institutions, les certifications rapides et reconnues (Google Ads, Cisco, PMP, AWS, etc.) sont la preuve d’une compétence immédiatement opérationnelle et valorisable à l’international. Elles agissent comme des passeports pour les emplois en devise.
Adopter le télétravail comme norme au Liban
Développez activement votre réseau sur LinkedIn, ciblez les offres d’emploi « Remote » et apprenez à travailler avec des fuseaux horaires différents. C’est le moyen le plus direct de s’affranchir des limites de la crise locale.
Entrepreneuriat ciblé vers la diaspora libanaise
Regardez les besoins non satisfaits de la diaspora. Les services qui facilitent la connexion (transferts, gestion immobilière, services d’aide à distance) sont en plein essor et constituent un marché stable en dollars. La reprise macroéconomique de 2026 ne sera pas le tsunami d’emplois que l’on espère, mais plutôt une légère brise qui bénéficiera d’abord à ceux qui se seront positionnés stratégiquement. Votre diplôme est important, mais votre adaptabilité et votre capacité à générer de la valeur en dollar le sont encore plus. La confiance en l’avenir se bâtit en étant acteur, pas simple spectateur. Êtes-vous prêts à prendre votre place dans ce nouveau Liban ? Sources
- Banque mondiale (PIB et Inflation) : Données extraites du rapport Lebanon Economic Monitor, Spring 2025: Turning the Tide? (Moniteur économique du Liban, Printemps 2025 : Inverser la tendance ?).
- Lien du rapport : https://www.worldbank.org/en/country/lebanon/publication/lebanon-economic-monitor-spring-2025-turning-the-tide
- Chômage des jeunes et informel : Chiffres cités dans le rapport de la Direction Générale du Trésor français, Situation macroéconomique et financière du Liban (Février 2025), lui-même basé sur des estimations de l’ESCWA et de l’OIT.
- Lien de la page : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/LB/cadrage-general
- Taux de diplômés/Émigration : Données basées sur les études de l’ESCWA et de l’OIT sur le marché du travail libanais et les statistiques d’émigration post-2019 (notamment les estimations de Information International).
- Lien général des publications ESCWA : https://www.unescwa.org/publications
- Transferts de la diaspora : Données du FMI et de la Banque centrale du Liban (BDL) sur l’importance des remises de fonds pour le PIB.
- Lien général des publications FMI sur le Liban : https://www.imf.org/en/Countries/LBN


