Déployée dans le Sud-Liban depuis près de 50 ans, l’UNIFIL (United Nations Interim Force In Lebanon) a joué un rôle central dans la stabilité de notre région. Nous avons grandi pour la plupart avec la présence des casques bleus. Alors que son mandat pourrait s’achever fin 2026, le bilan de près d’un demi-siècle de présence soulève une question cruciale qui nous concerne tous : le Liban est-il prêt à assurer seul la sécurité du Sud ?
Aux origines de l’UNIFIL
En 1978, alors que nous sommes victimes d’un attentat mené par l’Organisation de Libération de la Palestine, l’armée israélienne décide de lancer une offensive visant à repousser l’OLP au nord du fleuve Litani.
À la suite de cette opération menée du 14 au 21 mars 1978 au Sud-Liban, qui sera baptisée opération Litani, le Conseil de sécurité adopte les résolutions 425 et 426, créant l’UNIFIL.
Sa mise en place a pour objectifs initiaux de superviser le retrait israélien du Liban, de restaurer la paix et la sécurité, et d’aider notre gouvernement à rétablir son autorité au Sud.
2006, un tournant majeur pour l’UNIFIL
Avant 2006, l’UNIFIL avait des missions bien définies et limitées, avec des effectifs modestes de 2 000 soldats. Elle jouait essentiellement un rôle de surveillance, de liaison et de soutien ponctuel à notre armée.
Le 12 juillet, une attaque transfrontalière du Hezbollah contre une patrouille israélienne déclenche une riposte militaire massive d’Israël. Très rapidement cette attaque s’étend au-delà des frontières. Notre pays subira pendant trente-trois jours des bombardements aériens, navals et terrestres d’une intensité inédite.
Le gouvernorat du Sud-Liban devient le terrain d’affrontement entre Hezbollah et Israël, le bilan humain sera lourd, surtout de notre côté : plusieurs milliers de morts, majoritairement des civils, et près d’un million de déplacés internes.
À la fin du conflit, les objectifs sont redéfinis et la résolution 1701 est adoptée par le Conseil de sécurité, élargissant drastiquement le plan d’action de l’UNIFIL.
La 1701, des règles d’engagement plus solides
La mission voit son effectif multiplié, passant de 2 000 soldats à 15 000. Elle déploie des contingents supplémentaires (Espagne, France, Italie) et installe un réseau dense de positions et de bases dans tout le secteur.
Elle doit désormais assurer de nouvelles missions : accompagner le déploiement de l’armée libanaise au Sud et faire en sorte qu’il n’y ait pas d’autres acteurs armés que l’État. Ces nouvelles directives impliquent des patrouilles renforcées, une surveillance continue de la Ligne bleue — la ligne de démarcation tracée par les Nations unies en 2000 —, le contrôle des zones sensibles et un appui logistique massif aux forces armées libanaises.
La résolution 1701 élargit les possibilités d’action de l’UNIFIL : elle peut désormais utiliser la force pour se défendre et pour protéger les civils dans certaines conditions. Elle peut empêcher l’utilisation d’armes dans sa zone d’opérations et s’opposer à toute tentative d’entrave à sa liberté de mouvement.
Depuis ces événements, le dispositif n’a cessé d’évoluer dans un contexte complexe, entre défis politiques et réalités du terrain, dans lequel cohabitent différentes entités : acteurs officiels, forces internationales et armées non étatiques.
Mais il est important de noter que l’UNIFIL a mené à bien sa mission dans la mesure du possible.
L’impact de l’UNIFIL : stabiliser, accompagner, reconstruire
Ses actions positives : stabiliser, accompagner et reconstruire
Depuis 2006, un constat s’impose : entre le maintien de la stabilité du Sud-Liban, le partenariat avec l’armée libanaise et ses actions humanitaires, l’UNIFIL est sur tous les fronts.
Ainsi, elle contribue largement à cette stabilité relative. Sa présence permanente, ses patrouilles le long de la Ligne bleue et la réunion tripartite entre elle, l’armée libanaise et l’armée israélienne constituent un mécanisme unique d’action rapide en cas d’incident.
Son partenariat avec l’armée libanaise s’est intensifié au fil des années et la présence de ces deux forces dans la zone d’opération est plus qu’essentielle. Nos forces armées libanaises sont un acteur officiel, souverain et indispensable pour que le mandat de l’UNIFIL ait un sens, et inversement.
Cette coopération comprend de multiples formations : déminage, assistance médicale, soutien logistique… Face à la crise économique, l’armée libanaise s’est affaiblie, mais reste centrale pour la souveraineté du pays et est soutenue par un partenaire crucial.
Entre 2006 et 2010, le Sud-Liban est jonché de millions de sous-munitions. L’armée libanaise en coordination avec l’UNIFIL ont participé au déminage de vastes zones agricoles, permettant ainsi un retour progressif de la population dans le secteur et la reprise des activités agricoles.
Autrement, on se souviendra de l’incident d’Adaisseh en août 2010, lorsqu’un affrontement éclate entre l’armée libanaise et l’armée israélienne près de la ligne bleue. L’UNIFIL est intervenue immédiatement tel un médiateur en évitant que l’incident dégénère en conflit ouvert.
En parallèle, l’UNIFIL a construit la toute première force navale des Nations unies, la Maritime Task Force (MTF), formant des centaines de marins libanais et contribuant à améliorer la surveillance et les capacités maritimes du pays. Depuis 2006, la MTF a interpellé et interrogé plus de 35 000 navires, 865 ont été identifiés comme « suspects » puis inspectés par l’armée libanaise.
La mission ne s’engage pas uniquement militairement : elle participe aussi à la vie quotidienne de centaines de villages en réalisant des travaux de réhabilitation. Elle s’investit dans des programmes éducatifs, apporte un soutien aux agriculteurs et aux coopératives. Assurant ainsi un soutien précieux aux services publics, elle est un acteur humanitaire discret mais indispensable.
Malgré tout, l’UNIFIL connaît des limites dans un mandat contraint et politiquement sensible
Elle ne peut pas opérer sans coordination avec l’armée libanaise. Ce cadre, qui permet de respecter la souveraineté du pays, limite ses marges de manœuvre au Sud.
Des désaccords internes soulignent certaines failles : Israël dénonce souvent l’incapacité de la mission à empêcher les transferts d’armes, tandis que le Liban accuse l’UNIFIL de ne pas intervenir face aux violations aériennes israéliennes.
En décembre 2018, l’armée israélienne lance l’Opération « Northern Shield » pour localiser et neutraliser des tunnels qu’elle affirme avoir été creusés depuis le Sud-Liban vers le territoire israélien par le Hezbollah. Au cours de cette opération, au moins six tunnels ont été découverts le long de la frontière.
Dans ce contexte, l’UNIFIL confirme l’existence de plusieurs de ces tunnels, notamment qu’au moins deux d’entre eux traversent la Ligne bleue, en violation de la résolution 1701 qui interdit tout passage non autorisé entre le Liban et Israël.
Cependant, malgré cette confirmation officielle, la mission n’a ni la compétence ni les moyens de détruire ces ouvrages. Sa contribution se limite à l’inspection technique, à la vérification de faits et à l’information des autorités concernées. Cet épisode alimente les critiques israéliennes sur les limites opérationnelles de la mission.
De plus, la réalité sécuritaire dépasse parfois l’ONU : dans un contexte où les dynamiques militaires et politiques dépassent le mandat onusien, tout ne peut pas être maîtrisé.
Ces dernières années ont été marquées par plusieurs événements importants, dont un accord de cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024 entre le Hezbollah et Israël. Mais comme les précédents cessez-le-feu, très fragiles, la situation reste extrêmement volatile.
Une trêve qui vacille : une accalmie qui n’en est pas une au Sud-Liban
Suite au cessez-le-feu, la mission voit ses rôles se réaffirmer et l’armée libanaise se redéploie partiellement au Sud.
En mai 2025, un tir direct touche une position de l’UNIFIL, le premier depuis l’accord de 2024. Les rapports sur une reprise des hostilités régulières se multiplient : frappes aériennes, tirs d’artillerie, mouvements blindés… La population civile est de nouveau en danger, tout comme les Casques bleus.
Une centaine de caches d’armes clandestines auraient été trouvées. Les armes circulent toujours. Dans cette période de trêve « fantôme », les incidents surviennent sans cesse.
Lors d’une opération de déminage en août 2025, une explosion survient dans la zone de Wadi Zibqin, faisant plusieurs morts parmi les soldats de l’armée libanaise.
À un an de la fin du mandat de l’UNIFIL, la décision du Conseil de sécurité de mettre fin à la mission fin 2026 ouvre la voie à un scénario post-UNIFIL, mais cela impliquerait un redéploiement effectif de l’armée libanaise dans le Sud.
Une mission indispensable… qui touche à sa fin
L’UNIFIL n’a pas apporté la paix définitive, mais elle a évité une nouvelle guerre. Elle n’a pas réglé tous les problèmes du Sud-Liban, mais elle a limité les risques d’escalade. Elle n’a pas résolu les enjeux politiques, mais elle a soutenu l’armée libanaise et les communautés locales dans des moments critiques.
Alors que s’approche la fin de son mandat actuel, l’avenir de l’UNIFIL s’annonce comme l’un des dossiers les plus sensibles — et les plus déterminants — pour la sécurité du Liban.
L’armée libanaise reste à ce jour encore limitée par ses capacités budgétaires et logistiques, et surtout bloquée face au désarmement des milices. Une souveraineté nationale qui devra assumer seule la sécurité du Sud : une pression qui pourrait accentuer les divisions internes, en particulier autour de la question du Hezbollah.
Aujourd’hui, le Liban s’apprête à entrer dans une nouvelle ère avec un défi double : reprendre en main la sécurité du Sud et faire en sorte que le désengagement se fasse sans créer un vide exploitable par des acteurs non étatiques.
Malgré les démons de l’histoire et le poids de la géopolitique, un pari est lancé : celui d’un Liban capable de maintenir sa stabilité.
Sources :
- https://www.theguardian.com/world/2010/aug/03/lebanon-israel-border-violence-soldiers
- https://unifil.unmissions.org/sites/default/files/15thReport(1701).pdf
- https://www.timesofisrael.com/finding-final-hezbollah-attack-tunnel-idf-wraps-up-operation-northern-shield/
